Question du jour : est-ce que je cherche la forêt ou est-ce que je cherche ce que la forêt fait à mes yeux qui ne voient pas bien ? Pas la même question. Est-ce que “ne pas bien voir”, n’est pas bien ? Juste le ressenti d’une culture. J’aime cet univers flou où les limites ne sont pas établies, ou les contours ne sont pas figés et les lignes finies. La perspective de ne pas avoir de perspective me remplit de joie…
Le déclic de l’argentique n’est que le début. En atelier, le dessin prend le relais. Je cherche à retrouver par le trait cette sensation de « flou habité ». Superposer le souvenir de la lumière sur la blancheur du papier. Transformer le paysage en une carte imaginaire où l’on ne se perd pas physiquement, mais mentalement. Ce n’est pas une forêt que je montre, c’est l’émotion de sa présence. Un frisson de sève et d’ombre qui traverse le regard pour finir en sédiment de graphite.
Remarqué quelque chose : sans le feuillage, les arbres se ressemblent moins. Paradoxe. On croirait l’inverse. Mais c’est la ramure qui individualise — chaque arbre a sa façon de se ramifier, sa logique propre, son entêtement particulier.
