Note floues 5

Canicule. Forêt comme refuge — la seule ombre praticable à des kilomètres.

Beaucoup de monde sur les chemins pour une fois. La forêt accueille sans se plaindre, absorbe les voix, les pas, les rires d’enfants qui courent. Je reste en bordure, dérangé par cette présence mais sans savoir pourquoi exactement.

Cherché un coin plus dense, plus loin du sentier principal. Trouvé. Silence revenu, ou presque — bruit d’eau quelque part, invisible, jamais localisé précisément malgré dix minutes de recherche.

Pas sorti l’appareil tout de suite. Trop chaud pour la précision, pour le geste mesuré. Juste resté assis, dos contre un rocher couvert de mousse sèche par la chaleur — mousse qui d’habitude est humide, aujourd’hui cassante sous les doigts. Ça aussi c’est un signe des temps qui changent.

Finalement quelques photos, tard, quand la lumière a commencé à baisser un peu. Le sous-bois en contre-jour doré, presque irréel — exactement le mot qu’on utilise pour mon travail et que je n’ai jamais aimé jusqu’à aujourd’hui, où il m’a semblé juste pour une fois.

Note : la chaleur change la perception autant que la myopie. Tout devient plus lent, plus lourd, les contours tremblent légèrement comme sur du bitume. Une autre forme de flou à explorer.

Note 2 : penser à la sécheresse comme sujet, pas seulement comme contrainte. Les arbres qui souffrent disent quelque chose que les arbres en pleine santé ne disent pas.

Rentré tard, la chaleur encore dans les jambes. Bu beaucoup d’eau. Pas assez réfléchi, trop ressenti — bon équilibre pour une fois