Dans les pages de La Présence pure, Christian Bobin ne livre pas un récit, mais de courtes notes sur sa relation avec la fin de vie de son père entremêlées avec des moments de vie. L’auteur y explore la lente dérive de son père, dont la mémoire s’efface sous l’ombre de la maladie d’Alzheimer. Pourtant, loin de céder au misérabilisme clinique, Bobin transforme cette fin de vie en une expérience lumineuse. Il traque ce qui subsiste quand les noms, les dates et les visages finissent par s’évaporer. Il évoque aussi sa relation avec la nature et notamment les arbres. Il voit dans l’arbre un modèle de patience et d’acceptation face aux saisons, aux éléments.

“Le vent lui a dit des mots, cette nuit. Une branche a été arrachée au cours d’un entretien particulièrement rude.”
Sa prose, simple et factuelle, est là pour capter l’essentiel. Au final la maladie de son père le rapproche un peu plus de l’essentiel.
Il nous enseigne que l’oubli n’est pas seulement une perte, mais parfois un retour à l’innocence, au recueillement, à l’exploration de choses simples qui nous entourent.
C’est une leçon de regard qui impose au lecteur une décélération nécessaire et salutaire. En refermant ce livre, on réalise que la véritable identité ne réside pas dans la mémoire, mais dans le moment présent. C’est une œuvre indispensable pour quiconque cherche à réenchanter le vide du quotidien.
En tant qu’artiste, lire La Présence pure, c’est apprendre à dévêtir son regard. Bobin nous rappelle que l’essentiel ne réside pas dans l’accumulation des détails ou la maîtrise technique, mais dans cette capacité à laisser surgir l’émotion brute, débarrassée du superflu. C’est cette même quête de dépouillement et de vérité que je tente de traduire dans mon propre travail plastique : saisir l’invisible au cœur du visible.

“J’aime appuyer ma main sur le tronc d’un arbre devant lequel je passe, non pour m’assurer de l’existence de l’arbre – dont je ne doute pas –, mais de la mienne.”
A lire : La Présence pure de Christian Bobin edité par Le temps qu’il fait