Marcher dans la forêt sans mes lunettes. Ce n’est pas un manque, c’est une libération. Le détail s’efface au profit de la structure. Les arbres ne sont plus des objets, mais des forces verticales qui découpent l’espace. La myopie agit comme un révélateur : elle élimine l’anecdote (la feuille, l’écorce, les insectes….) pour ne garder que l’architecture onirique. Le monde devient une série de masses vibrantes, une superposition de plans qui s’entremêlent.
Les bouleaux d’abord — fins, presque indécents dans leur blancheur. Je les dessine sans les regarder vraiment. La main aujourd’hui sait avant l’œil.
Sans les lunettes pour cadrer — juste la sensation de masse, de densité. Les branches hautes se fondent dans le ciel comme une écriture qu’on n’a pas finie. Je déclenche dans le flou. Je déclenche souvent dans le flou. Au final, pui est-ce flou ? Pour moi ? Je n’ai pas ce ressenti
Question qui revient : est-ce que je photographie des arbres ou des ressentis? Pas sûr de la différence.