Démarche
Je travaille à partir de la forêt, non comme un décor, mais comme un lieu où notre regard se recompose. Ma myopie est une donnée de départ : le flou n’est pas un “effet”, c’est ma manière d’être au monde. Il m’aide à déplacer l’attention, à sortir du réflexe du net, et à laisser apparaître une image plus onirique, plus ouverte, voire fantastique.
Mes prises de vue sont réalisées in situ, sans retouche après coup. J’utilise des dispositifs de juxtaposition et de superposition propres à mes boitiers, en numérique comme en argentique, qui laissent une place à la surprise : l’image se construit au moment même de la prise de vue, avec sa part de hasard, ses glissements, ses dédoublements. La lumière y devient une matière, et les arbres une architecture : troncs, branches et feuillages se croisent, se répètent, se densifient jusqu’à former des portails, des cartes imaginaires, des structures presque mathématiques.
Cette relation à la forêt est intime. Je viens d’une famille maternelle de bûcherons en forêt de Tronçais (03) ; j’y ai appris très tôt, auprès de mes grands-parents et de mes oncles, le respect du milieu et de ses habitants, faune comme flore. Aujourd’hui, je poursuis cette mémoire en images. Mes photographies et mes dessins à l’encre prolongent un même geste : faire affleurer une géographie sensible, où le paysage devient un espace de passage, et où notre place dans le vivant se pose sans discours, simplement par l’expérience du regard.